Expertise

Intervention de l’Unaf au colloque régional « L’éthique associative au défi des réalités familiales »

La Directrice Générale de l'Unaf, Guillemette Leneveu, s’est rendue à Marseille le 13 octobre 2026, pour introduire le colloque régional organisé par l’Uraf PACA en co-organisation avec les Udaf des Alpes-de-Haute-Provence (04), des Hautes-Alpes (05), des Alpes-Maritimes (06), des Bouches-du-Rhône (13), du Var (83) et de la Haute-Corse (2B) sur le thème « L’éthique associative au défi des réalités familiales ». Retrouvez son intervention en ligne.

INTRODUCTION Guillemette LENEVEU

Colloque « L’éthique associative au défi des réalités familiales »

Marseille, 13 octobre 2026

Monsieur le Président de l’Uraf PACA,

Mesdames et Messieurs les Présidents et Directeurs des Udaf,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse d’être avec vous aujourd’hui pour ouvrir cette journée consacrée à un sujet qui pourrait sembler, à première vue, très conceptuel : l’éthique.

Mais le programme de ce colloque montre exactement le contraire.

L’éthique dont nous allons parler aujourd’hui est une éthique confrontée aux réalités. Aux réalités familiales, bien sûr, mais aussi aux réalités professionnelles, sociales, économiques et technologiques.

Elle se pose lorsque les situations deviennent complexes, lorsque plusieurs principes légitimes entrent en tension, lorsque la règle ne suffit plus à elle seule, à apporter une réponse évidente.

Et c’est précisément pour cela que ce sujet est profondément politique.

Nous traversons aujourd’hui une période de transformations particulièrement rapides.

Et désormais, l’intelligence artificielle entre, elle aussi, dans notre quotidien professionnel et familial.

Toutes ces transformations nous obligent à nous interroger sur nos pratiques. Non pas parce que les valeurs qui fondent notre action auraient changé. Mais parce que les conditions dans lesquelles nous devons les faire vivre changent, elles, profondément.

C’est autour de cette tension que je voudrais organiser mon propos ce matin : comment maintenir une exigence éthique forte dans un environnement qui se transforme ? Comment construire des repères collectifs, et comment anticiper ces évolutions, sans perdre de vue les personnes et les familles que nous accompagnons ? sans nous y perdre nous-mêmes ?

Ces tensions font partie du quotidien des professionnels et elles ne manquent pas. Alors l’éthique commence précisément là où les réponses ne sont pas simples :

Ces questionnements montrent que l’éthique ne peut pas reposer uniquement sur la responsabilité individuelle de chacun. Elle relève aussi de la responsabilité collective de nos organisations, de la gouvernance de chaque Udaf et de notre réseau.

Cela suppose de créer des espaces où les pratiques peuvent être questionnées, où les expériences peuvent être confrontées, où les désaccords peuvent être exprimés et où il est possible de prendre le temps du recul.

C’est précisément ce que nous cherchons à développer au sein du réseau.

Au niveau national, nous avons fait le choix de renforcer les espaces de réflexion collective et d’anticipation :

Le Comité stratégique des directeurs d’Udaf pour la PJM en est une illustration très concrète. Il a été conçu comme un espace de dialogue entre l’Unaf et les directions d’Udaf, afin de partager les expériences, d’anticiper les évolutions, de faire remonter les préoccupations territoriales et de construire collectivement des orientations stratégiques.

Cette méthode est importante. Car le rôle de l’Unaf n’est pas de produire des réponses loin du terrain pour ensuite demander aux Udaf de les appliquer. Notre rôle consiste à organiser le dialogue entre le national et les territoires, à tenir compte de la diversité des expériences et des expertises, à construire ensemble des positions communes, des outils et des solutions. Notre rôle est aussi celui d’interface entre le terrain et les pouvoirs publics.

La composition même du Comité stratégique, où toutes les régions sont représentées, a été pensée pour croiser les territoires, les expériences et les différentes organisations de services. Ses membres ont aussi vocation à relayer les travaux dans leurs régions et à faire remonter les préoccupations locales.

Cette approche est essentielle lorsqu’il est question d’éthique.

Comme je vous le disais, les exigences adressées aux associations et aux professionnels augmentent. Mais elles interviennent dans un contexte où les contraintes économiques sont de plus en plus fortes :

Jusqu’où pouvons-nous augmenter nos exigences collectives sans nous interroger en même temps sur les conditions nécessaires pour les rendre effectives ?

La qualité, le temps consacré à la personne, la formation, la sécurisation des pratiques, l’évaluation et la traçabilité ont un coût.

(Le Comité stratégique des directeurs PJM a précisément travaillé cette année sur les baisses de budgets, les nouveaux ratios, les tensions constatées dans les services et les difficultés remontées par les Udaf).

L’éthique nous invite à nous interroger sur ce que nous entendons par efficience : Une organisation efficiente n’est pas simplement une organisation qui fait davantage avec moins. C’est une organisation qui mobilise ses ressources au bon endroit, pour garantir durablement la qualité de sa mission et les droits des personnes.

Nous défendons une idée simple : l’efficience ne peut pas être réduite à une logique purement quantitative ou financière. Elle doit intégrer la complexité et la singularité des situations des personnes et des familles que nous accompagnons, des exigences légales et réglementaires de plus en plus nombreuses, mais aussi les conditions d’exercice des professionnels, la reconnaissance de leur valeur. L’efficience doit intégrer le temps nécessaire pour accompagner les personnes de manière adaptée et l’amélioration continue de la qualité.

Or la qualité ne se résume pas à la conformité. Respecter une procédure est indispensable. Mais une procédure ne répond pas à tout. On peut respecter un cadre juridique ou organisationnel et devoir malgré tout se demander si la décision prise est la bonne au regard de la situation singulière de la personne, de son parcours, de son environnement, de ses choix.

La réflexion éthique elle-même nécessite du temps, des espaces de discussion et la possibilité de prendre du recul :

Prenons l’exemple de la charte nationale éthique et déontologique des MJPM quiva bientôt paraître (via un arrêté). Elle est fondée sur les droits fondamentaux et des principes partagés, elle est assez générale. Elle ne sera donc véritablement utile que si les professionnels peuvent en faire un véritable support de discussion, de réflexion collective et de questionnement des pratiques. Si l’on veut faire vivre cette charte, des moyens seront donc nécessaires.

Enfin, le dernier point que je souhaite aborder, et non des moindres, fait écho au programme de cette journée : c’est le lien entre éthique et innovation, notamment à l’heure du développement de l’intelligence artificielle.

Indéniablement l’IA, Elle peut simplifier des tâches, faciliter l’accès à l’information, faire gagner du temps.

Mais aucune technologie ne nous dispense de nous demander pourquoi nous l’utilisons, dans quelles conditions, avec quelles garanties et au bénéfice de qui.

La question n’est donc pas seulement de savoir ce que l’intelligence artificielle peut faire.

Elle est aussi de déterminer ce que nous voulons lui confier :

Dans une période où tout nous pousse souvent à décider plus vite, prendre le temps de la réflexion éthique n’est pas ralentir l’action. C’est précisément ce que le programme de cette journée nous invite à questionner collectivement : comment faire évoluer nos pratiques, quelles que soient nos fonctions ? Comment maintenir nos exigences éthiques dans un contexte de moyens contraints ? Et comment intégrer les nouveaux outils, notamment l’intelligence artificielle, sans jamais renoncer à notre discernement ni à la dimension humaine de nos missions ?

Il n’y a pas de réponse simple à ces questions. C’est précisément pour cela qu’elles doivent être travaillées collectivement.

L’engagement de notre réseau en matière de politiques publiques est clair : faire en sorte que les droits ne restent pas des principes affichés, mais deviennent une réalité pour chacun. Cela suppose des moyens, du temps, des professionnels formés et des organisations en capacité de les rendre effectifs au quotidien.

Ce colloque, que 7 Udaf organisent ensemble, en est un bon exemple. Car c’est la responsabilité d’un réseau comme le nôtre, de faire dialoguer et de partager des réalités du terrain pour faire progresser les pratiques et les réponses que nous apportons aux personnes et aux familles.

Je remercie donc très sincèrement les Udaf de PACA et Corse, les intervenants et l’ensemble des partenaires qui ont construit cette journée, à laquelle je suis ravie de participer.

Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente journée de travail et d’échanges.

A noter :