Expertise

Assemblée nationale : l’Unaf rencontre la Présidente du Groupe Ecologiste et Social

Mardi 3 décembre 2024, Cyrielle Chatelain, Présidente du Groupe Ecologiste et Social, a souhaité rencontrer l'Unaf, à l'Assemblée, pour échanger sur la politique familiale et particulièrement sur la question des familles monoparentales.

Un premier échange s’est tenu sur les perspectives des politiques familiales dans le contexte politique et financier actuel.

Les politiques familiales doivent s’inscrire dans une vision de long terme et peuvent faire l’objet d’un large consensus. La question se pose alors du niveau de volontarisme pour assurer aux familles une stabilité et ainsi les rassurer sur le fait de fonder une famille.

Il est à noter également que les moindres crédits budgétaires conduisent les collectivités territoriales à se recentrer sur leurs compétences obligatoires laissant de côté certaines aides ou services apportés dans les territoires aux familles.

L’attachement à une politique familiale universelle est un point de consensus. La politique fiscale familiale, par l’intermédiaire du quotient familial, est plus sujette à interrogation même s’il est à remarquer que la mise sous conditions de ressources des allocations familiales et l’abaissement du plafond du quotient familial dans le même temps, a porté un coup à la lisibilité globale de cette politique publique.

L’Unaf alerte sur les risques d’une telle politique recherchant sans cesse des économies plutôt qu’une politique d’investissement social. Cela emporte des conséquences sur le consentement à l’impôt et aux cotisations sociales quand on est écarté systématiquement du bénéfice des prestations.

Dans un second temps, les échanges ont porté sur les freins à la réalisation du désir d’enfant, non pas dans une approche nataliste mais dans une approche du soutien aux choix des parents de concrétiser leur désir d’enfant : + Lire.

Les conditions pour réaliser le désir d’enfant tient à plusieurs facteurs : la stabilité du couple, la stabilité financière en lien avec l’emploi, une politique volontariste permettant aux couples de concilier vie familiale et vie professionnelle, l’accès au logement…

Un troisième temps d’échanges a porté sur le cœur de la rencontre : l’accompagnement des familles monoparentales et la nécessité ou non de créer un statut pour répondre aux remontées massives de ces familles sur leurs difficultés de conciliation des temps, sur le risque de paupérisation, sur les charges éducatives des enfants… La finalité, pour la députée, serait de rédiger une proposition de loi avec deux articles relatifs pour l’un à l’accès au logement et pour le second sur la déconjugalisation de l’allocation de soutien familial.

S’agissant de la création d’un statut pour les familles monoparentales, l’Unaf est réservée sur ce point. La monoparentalité ne recouvre pas des situations homogènes et elle n’est pas figée dans le temps. La création d’un statut « enferme » les personnes. Les familles monoparentales elles-mêmes témoignent de leur situation en refusant la stigmatisation.

Pour les mêmes raisons, l’Unaf est réservée sur la création d’une carte « familles monoparentales ». En effet, les familles monoparentales peuvent déjà bénéficier de la carte Familles Nombreuses puisque 17 % des familles monoparentales sont nombreuses. Par ailleurs, la situation de monoparentalité est plus variable que le nombre d’enfants dans la famille ce qui compliquerait et alourdirait le coût du dispositif.

Le risque de paupérisation étant une question essentielle pour les familles monoparentales, la voie de l’insertion ou du maintien dans l’emploi doit faire l’objet de dispositifs dans le cadre du dialogue social ou à défaut de dispositions législatives.
Ainsi, la transposition encore à réaliser de la Directive Work life balance de 2019 sur le « right to request » pourrait se faire avec un élargissement pour les familles monoparentales concernant leurs enfants au-delà de l’âge de 8 ans.

Ce « right to request », tel que le définit la directive, doit permettre à tout salarié-parent d’un enfant de moins de 8 ans, ou aidant familial, de demander une formule souple de travail, formule qui peut être (considérant 34 de la directive) : temps partiel, télétravail, ou aménagement horaire. Certains employeurs ont déjà mis en œuvre des initiatives qu’il serait intéressant de mieux faire connaître.
La question de l’incitation des employeurs est une voie qui doit être plus investie.
La transposition de la directive serait un moyen pour y parvenir.
Viser le maintien ou l’accès à l’emploi constitue les meilleurs remparts contre la dégradation du niveau de vie des familles.

L’insertion professionnelle d’un parent isolé réduit de trois à quatre fois le risque de précarité économique au sein de leur foyer. Toutefois, cette sécurité est conditionnée par la compatibilité de l’emploi, notamment ceux accessibles aux parents peu qualifiés, avec les contraintes spécifiques à la gestion d’une famille monoparentale.

Actuellement, l’équilibre entre les responsabilités familiales et les engagements professionnels n’est pas une thématique abordée de manière systématique dans le cadre du dialogue social. Nous plaidons pour que la négociation sociale au sein des entreprises incorpore obligatoirement et de manière explicite la question de l’harmonisation entre les responsabilités familiales et la vie professionnelle des salariés parents.

Plutôt que la défiscalisation de la pension alimentaire pour le parent gardien, viser la sortie de la pension alimentaire de la base ressources de la prime d’activité.

L’Unaf a de fortes interrogations sur le périmètre et l’efficacité de la mesure de défiscalisation de la pension alimentaire au détriment des pères, des mères et de l’intérêt de l’enfant. Elle note que cette mesure concerne uniquement les familles monoparentales imposables.

La question de la déconjugalisation de l’allocation de soutien familial

Si on supprime la condition de non remise en couple pour le versement de l’ASF, en cas de remise en couple, les revenus du nouveau compagnon / compagne seront intégrés aux revenus du ménage pour estimer le maintien ou non des autres prestations familiales sous condition de ressources. Le frein que l’on essaie de desserrer sur l’ASF pour favoriser la remise en couple des parents seuls avec enfants risque toutefois de se retrouver sur d’autres prestations familiales toutes sous conditions de ressources. La déstabilisation des revenus du ménage pourra conduire de la même façon à ne pas se remettre en couple.

La proposition de l’Unaf serait de faire une expérimentation laissant davantage de temps aux personnes de choisir leur statut matrimonial, d’attendre que le couple soit stable et lui permettre d’apprécier les conséquences financières de façon plus globale qu’à la seule jauge de l’ASF.

En effet, l’impact de la condition d’isolement, au-delà du seul cas de l’ASF, sur les prestations soumises à conditions de ressources est très bien intégré dans l’esprit des bénéficiaires, et depuis des décennies. Cette expérimentation devrait dès lors être accompagnée d’une réelle campagne d’information/sensibilisation tendant à rassurer les allocataires.

Un travail approfondi et une étude d’impact mériteraient d’être conduits. Le maintien de l’ASF sans condition n’est pas suffisant pour favoriser la remise en couple. L’ASF maintenue n’est pas l’assurance que d’autres prestations familiales sous conditions de ressources ne seront pas impactées à la baisse. Il serait important de figer une période pendant un délai de 6 mois ou 1 an, éventuellement avec un montant dégressif, jusqu’à ce que l’allocataire soit sûr de sa situation matrimoniale – de sorte qu’entre temps, il n’ait pas de réticence à déclarer sa nouvelle situation encore incertaine et permettre ainsi un temps d’adaptation des revenus du couple avec ses conséquences sur les autres prestations familiales.

La rencontre s’est terminée sur plusieurs aides ou services apportés aux familles monoparentales dans le réseau des Udaf.

Ont ainsi été présentés, en lien avec les problématiques liées aux séparations parentales, les actions de soutien à la parentalité, la gestion de services de médiation familiale et d’espaces de rencontre, les dispositifs d’accompagnement budgétaire notamment avec les PCB ou bien encore avec les MJAGBF, les ateliers de parole pour les enfants de parents séparés, les garderies solidaires.

Une étude menée en 2021 par l’Unaf, démontrait un besoin manifeste de répit parmi les familles monoparentales (plus de 74 % des parents solos interrogés témoignaient de l’impossibilité de prendre du temps pour soi) – une conclusion corroborée par une étude ultérieure de la Cnaf en 2022.

Plus de deux parents sur cinq jugent aujourd’hui difficile l’exercice de leur rôle de parent. Ce sentiment tend à s’accroître pour les familles monoparentales, notamment en raison de la solitude ressentie dans l’exercice de ce rôle.

Dès lors, la mise en place de solutions proposant un temps de répit parental apparaît comme l’une des priorités au regard des éléments évoqués par ces parents.

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